Vendredi 24 février 2012
Et ben la v’la qui rentre en zigzaguant ce soir, la bonde… Un guet apens de première : l’expat du Laos, son épouse et un ancien expat du Cambodge de passage en mission dans le coin…
C’est étrange les souvenirs, on n’en garde finalement pas ce qu’on supposait. J’ai ce blog pour me le rappeler. Cet expat que j’ai retrouvé, j’étais sûre d’en avoir parlé, d’avoir raconté ce dîner chez lui, son gamin avec la gastro qui m’avait presque dégueulé dessus avant de reprendre son discours enfiévré, sa femme belle comme le jour, sa raquette anti-moustique (euh, si, ça, j’en ai causé…), leur gentillesse précieuse, les rires partagés… Et bien, j’ai parlé de la bouffe que j’y avais mangé (si, si, je suis allée vérifier, je voulais faire un lien pour faire un pont entre les âges, rien de précis sur cette belle soirée dont le souvenir m’accompagne encore souvent comme l’un de mes plus doux souvenirs de mission…).
Alors, je m’interroge : quelle trace laissera cette mission au Laos ? Quels sont mes souvenirs d’ailleurs ?
De la Mauritanie : le soleil flamboyant sur la falaise, les grottes rupestres et ce qu’elles dissimulaient, le désert, l’odeur de la chèvre et le dégoût du mouton, le soleil sur la peau pour la douche en plein air, les ragoûts de patate.
De Saint Louis : Aminata, ses cafards et son rat… Awa et sa jumelle… Nos discussions sans fin sur le statut de la femme.
De Tana : les couchers de soleil, les orages, la pluie sanglante qui dévale les rues, la clochette de la femme de coopérant, les amoureux dans l’avion, la Vache qui rit, le carpaccio de Zébu. Luc et ses enfants, Olivier et nos prises de gueule, Daniel et ses grommellements.
De Cuzco : la Cène et « El Cuy », les vestiges Incas, mon délicieux guide, les 36 sortes de maïs et les 200 sortes de patates, la bière plutôt que la cathédrale, le sacrilège du coca dans le vieux rhum ambré.
De Bogandé : les rires à la fin des phrases, l’eau blanche, le palu, mon âne réveille matin. Et Claire, surtout Claire…
De Phnom Penh et Siem Reap : le vertige, grandeur et décadence, la solitude dans les temples, les arbres plantés dans les ruines, l’acide comme remède à l’adultère, la fête de l’Indépendance avec Frédéric. Jean-Marie, sa femme, ses gosses et l’ivresse de la rencontre qui fait du bien. Kanhchana, si farouche, si proche.
Ouaga : la bière, Claire, ses gosses, le sentiment d’être à la maison, l’ordi qui me brûle les doigts, les délestages suffocants.
Yangoon : le bonheur des filles… L’or et le pourpre, l’orange et le kaki. Le goût amer de l’échec.
Ambovombe : la tourista, les cactus, la femme fantôme qui enlève les hommes mariés, le cercueil trimbalé dans toutes la bourgade, Anjarasoa et son gros ventre.
Quelques moments partagés, quelques rencontres inoubliables, des situations cocasses, imprévues, improbables. Le plaisir du décollage. Le désir de rentrer à la maison, la peur de ne pas revenir parfois aussi. Des visages, des tonnes de visages, des rires, des sourires, du travail en pagaille, quelques photos volées, des lits trop grands, des moustiques trop gourmands, des nuits d’insomnie, des films sous-titrés en hiéroglyphes, des litres de bière…
Ce soir, je m’en souviendrai aussi… Peu importe que je me rappelle ou non de ce qu’on s’y est dit, l’essentiel est ailleurs, dans le rire, la bienveillance des regards, dans la confiance de livrer un peu de nous même, dans la joie immense des vieilles retrouvailles et le plaisir des nouvelles rencontres.
Ce qu’il me restera de ces années de voyage : les visages que j’y ai croisés, les histoires qu’ils m’ont racontées, la leur, la mienne…
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