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Mercredi 30 avril 2008 3 30 /04 /Avr /2008 19:08

Bonjour les amis,

Difficile de se connecter ici, du coup vous en aurez deux pour le prix d’un…

D’autant que la journée d’aujourd’hui n’était pas fameuse. Comme à chaque fois, je finis toujours par me faire une petite journée où je suis retournée, malade, épuisée, vidée… J’ai essayé de tenir, mais c’était terrible : la fièvre, le mal de tête, le cœur au bord des lèvres, il a fallu que j’aille dormir. Là, ça va un peu mieux, l’estomac a repris son espace vital, la fièvre est tombée… reste le mal de tête…

C’est étrange, tout à l’heure, en plein délire fiévreux, j’ai pensé à des millions de trucs que j’aurais envie de vous dire… ben là, plus rien… je ferai mieux demain, enfin, je l’espère…

Je vous embrasse

Virginie

Par Maman Lion - Publié dans : Burkina-Faso
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Mercredi 30 avril 2008 3 30 /04 /Avr /2008 19:07

Bonsoir, bonsoir…

Ah… Bogandé… et bien, ça vaut le détour, je vous jure… C’est marrant, personne n’a osé m’annoncer la couleur…

Mais, avant d’attaquer les choses sérieuses, parlons-en des couleurs, tiens… Celle de la piste, aussi orange que l’était ma robe… Celle du ciel, de ce gris anthracite annonciateur d’orages que j’aime tant… Celle des arbres, revigorés par les premières pluies, d’un vert tendre à croquer… Celle de la paille blonde qui recouvre les huttes, ou les cases, je ne sais pas comment on les appelle… Et bien, tout ça mélangé en attendant l’orage, c’était d’une beauté à couper le souffle. Malheureusement, le chauffeur roulait trop vite, je ne crois pas avoir une seule bonne photo à vous mettre sous la dent. Tant pis !

Dès qu’on a quitté Ouagadougou, le paysage a totalement changé. Au début, dans les faubourgs entourant la ville, des centaines de gens marchaient, pédalaient, roulaient en moto, mobylette, solex, scooter sur le bord de la route, s’évitant les uns les autres, feintant les ânes, les chèvres, chiens et autres cochons qui tentaient de s’aventurer presque sous les roues des voitures, camions, taxi-brousses et cars qui déferlaient sur le bitume. Dès qu’on ralentissait, des groupes de femmes, d’hommes, d’enfants tentaient de nous vendre de l’eau, des cacahuètes, des fringues, des sacs en cuir, des fruits… Mais le chauffeur filait comme le vent !

Et puis, peu à peu, les villes se sont espacées, remplacées par d’immenses no man’s lands, sans perspectives, sans collines, du plat à perte de vue, de la paille de mil perchée dans les arbres, des chèvres sauvages, des zébus errants, des baobabs grotesques et exubérants. Mais, au bout de quelques kilomètres à peine, je finissais toujours par apercevoir une femme qui marchait portant des brassées de bois, des enfants qui jouaient d’un pneu de vélo, et non loin, à chaque fois, juste au moment où je me demandais jusqu’où cette âme errante devrait marcher sous ce soleil de plomb, j’apercevais un micro-village perdu au milieu de nulle part, regroupement de minuscules cases rondes faites de paille et/ou de briques, un mélange ocre et or bordé de vert, ou bien des zones entières de vieilles cases à l’abandon, sans toit, à moitié effondrées… La pauvreté, ici, c’est pas de la rigolade. J’avais découvert une certaine pauvreté urbaine à Madagascar, la pauvreté rurale, c’est impressionnant aussi ! Et pourtant, les gens sont cools et gentils !

Une chose est sûre, c’est que ça donne à réfléchir sur notre société de consommation débridée… Finalement, un toit, de la nourriture en quantité raisonnable, une santé correcte, un travail, une famille et des amis chers, c’est mieux que pas mal, c’est carrément bien !

Tenez, prenez la maison par exemple : vous pourriez vous retrouver dans une grande maison inhabitée, peuplée de petits lézards dorés (charmants au demeurant, ils bouffent les moustiques et les araignées, ils sont devenus mes meilleurs amis, je crois même que je vais leur donner des petits noms), avec deux ventilos, sans eau courante (un bidon et une casserole, c’est dingue comme ça peut rafraîchir parfois), dans l’impossibilité de trouver les toilettes (serait-ce le même orifice que celui de la salle de bains ?), prévenu qu’à partir de une heure du mat, il n’y aurait plus d’électricité (donc plus de ventilo…), sans draps (y’a quelqu’un qui a oublié de me dire un truc avant que je parte, je crois…), bénissant la bonne idée d’avoir pris une moustiquaire, une serviette de bains, du produit anti-moustiques et deux vidéos de Gad Elmaleh… Vous pourriez vous retrouver dans cette situation un peu imprévue et vous dire dans le même temps que c’est quand même le grand luxe…

Mais, je pourrais aussi comprendre que vous ayez envie de prendre vos jambes à votre cou… Moi, franchement, une fois passé l’effet de surprise, et tant que les ventilos ventilent, ça va !

Bonne nuit les amis,

Virginie

Par Maman Lion - Publié dans : Burkina-Faso
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Mardi 29 avril 2008 2 29 /04 /Avr /2008 10:16

Bonsoir à tous,

Je comprends pourquoi les gens qui viennent au Burkina en reviennent émerveillés. On n’y retrouve pas ce qui me gênait au Sénégal, c'est-à-dire le côté agressif des marchands à la sauvette. Il y a ici, malgré le besoin, malgré la pauvreté, une sorte de timidité et une bienveillance qui rassurent, qui ne pressurent pas le touriste aux poches bien remplies. Et puis, surtout, il y a ce rire qui ponctue chaque phrase. Le point n’existe pas ici, il a été remplacé par la joie de vivre.

Je comprends que les hommes soient émerveillés ici, les femmes y sont si belles, leur peau élastique, leurs formes généreuses mises en valeur par le chatoiement de leurs robes sont un vrai régal pour les yeux.

Et, comme à chaque fois que je pars, je fais des rencontres magiques. La chef(e) de projet est une personnalité vraiment fascinante et formidable. Eveillée à son cheminement personnel, confiante dans les hasards de la vie qui n’en sont pas, amoureuse du pays qui l’a accueillie il y a quinze ans, de ceux qui le peuplent, de son ambiance et des premiers orages de la saison des pluies, elle a cette joie de vivre que j’apprécie tant, ce regard bienveillant (mais pas naïf) que je reconnais pour être le mien, cette certitude que donner sa confiance n’est pas une erreur et que c’est celui qui trahit qui perd quelque chose.

Demain, je pars pour Bogandé, une petite ville au nord-est de Ouagadougou (200km de goudron, 100km de piste), une région parmi les plus pauvres du pays, où les enfants malnutris sont plus de 50%, où il n’y a qu’un cyber-café dans lequel je pourrai vous donner de mes nouvelles. Mais aussi, une ville où les salariés du projet ont promis de ne pas me laisser une minute de solitude, où un petit malin (qui se reconnaitra s’il lit ce post) a mis en place un jeu à boire qui a laissé des traces, presque un bizutage pour les expatriés qui ont le malheur (pardon, le bonheur) de traîner leurs guêtres à Bogandé… Comme qui dirait, ils m’attendent de pied ferme, il paraît même qu’ils se sont donné pour mission de réveiller la boite de nuit de la ville alors qu’elle serait sur le point de fermer…

Il y a un seul problème : je ne sais pas conduire de moto, et c’est le seul moyen de se déplacer à Bogandé. Alors, de deux choses l’une : soit je m’y mets en 4 jours, soit les salariés seront obligés de me porter derrière eux. Sinon, je marcherai (c’est marrant, ça les horrifie tous quand je dis que ça ne me dérange pas de faire 1km à pied sous le soleil de plomb du sahel… Ils se demandent déjà s’il ne m’a pas déjà tapé trop fort sur le crâne…).

Enfin, tout ça, c’est le vent brulant de l’Afrique qui me l’a chuchoté à l’oreille…

A très bientôt,

Virginie

 

Par Maman Lion - Publié dans : Burkina-Faso
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Lundi 28 avril 2008 1 28 /04 /Avr /2008 17:40

Bonsoir ma chère tribu,

Il paraît que Burkina-Faso veut dire : « le pays des hommes intègres », j’ignore quel est leur degré d’intégrité, mais pour ce qui est de leur joie de vivre et de la chaleur de leur accueil, me voilà royalement servie.

Que vous dire de Ouagadougou… que c’est une ville, une capitale, devrais-je dire, en pleine expansion, que le quartier où sont les bureaux du projet est en pleins travaux. C’est assez différent des capitales africaines que je connaissais : ça doit être l’absence de fers forgés de style arabe qui fait la différence… Là, je suis en plein dans le sahel. Je ne voyais pas grand-chose depuis l’avion, mais les rares images que j’ai pu apercevoir des hublots au loin montraient une capitale perdue au milieu de nulle part, des arbres clairsemés dans des étendues de sable orangé, des maisons minuscules posées ça et là au gré des errances.

Il a plu hier, et apparemment, ça a sacrément adouci l’atmosphère. Moi, j’avoue, je m’en faisais une montagne de la chaleur ici, et bien, finalement, ça baigne. Non, c’est pas moi qui baigne dans mon jus, il fait vraiment très bon. Et puis l’équipe a l’air vraiment très sympa. Là, j’en ai rencontré déjà cinq, et ils sont vraiment très cools.

Il y a une chose que j’adore en Afrique, c’est une sorte de propension à se rire de tout. Chaque phrase ce soir était sujette à un fou rire. Et, en dépit du fait qu’il soit déjà trop tard, malgré le fait que j’ai bu une bière de trop, cela m’a collé la patate.

Alors, c’est dans cette joie de vivre que je vais vous laisser, que je vais me laisser doucement plonger dans le sommeil. Parce que, franchement, j’ai les yeux qui se ferment tout seuls.

Plein de bisous

 

 

Par Maman Lion - Publié dans : Burkina-Faso
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Samedi 26 avril 2008 6 26 /04 /Avr /2008 21:57

Nous y revoilà ma très chère tribu,
Me revoici partie pour de nouvelles aventures au fin fond de cette Afrique que je connais si mal. Le hasard des rencontres (et surtout des attributions de subventions publiques) m'amène cette fois-ci au Burkina-Faso, dans une ville secondaire qui s'appelle Bogandé. Ne me demandez pas de vous en dire plus, j'en serais bien incapable. Je suis tout juste capable de remettre ce blog en route à quelques heures de mon départ.
Parce que cette fois ci, je pars vraiment comme une voleuse... J'ai tellement couru ces dernières semaines que rien n'est prêt... Ni ce que je vais faire là bas (j'ai 6 heures d'avion pour y penser, et franchement, c'est pas du luxe...), ni où je vais (il parait que c'est plutôt une petite ville, qu'il n'y a qu'un cyber café dans toute la ville... c'est pas dans mes habitudes d'être injoignable, ça va me faire tout bizarre...), je pars ce coup-ci vraiment à l'aventure. Tout ce que je sais, c'est que le chef de projet vient me chercher à l'aéroport.
Du coup, il est plus de 22h, ma valise n'est toujours pas prête, j'ai oublié de dire et de faire des tonnes de choses et j'espère que je ne vais rien oublier d'essentiel.
Ce début d'année 2008 m'aura décérébrée. A vivre dans l'urgence depuis des mois (avec une nette accélération ces dernières semaines), je me retrouve incapable de la moindre pensée ce soir... Je déteste me sentir autant en perte de contrôle, mais comme dit le con qui tombe du 100ème étage : "jusqu'ici, ça va...".
Tout ça pour dire qu'encore une fois, je vous invite à m'accompagner sur une nouvelle route. Attention, soyez prévenus, vous allez avoir chaud, très chaud (26° la nuit, 39° au plus fort de la journée), vous aurez peut-être droit aux premiers orages de la saison des pluies (il paraît que c'est souhaitable) mais que dans ce cas, vous aurez intérêt à vous cacher des moustiques... Une seule chose est sûre, c'est que vous y ferez de belles rencontres, et quand même, il faut bien l'avouer, c'est le plus important.
Je vous embrasse fort,
Virginie

Par Maman Lion - Publié dans : Burkina-Faso
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Vendredi 7 mars 2008 5 07 /03 /Mars /2008 16:13
Cela fait deux mois maintenant que mon boulot a déménagé à Nogent sur Marne, dans un parc charmant qui s'appelle le Jardin Tropical.
Quand je suis arrivée, j'attendais désespérément mes dossiers et mes armoires, alors, je regardais par la fenêtre et je voyais, découpés sur un ciel bleu limpide des pins, des conifères, des arbres dont je ne connais pas le nom, pris dans le froid glacial du début janvier. Il y a eu des jours de soleil où le vert des pins étincelait dans une lumière aveuglante. Il y a eu des jours de pluie, de tempête, où le vent sifflait aux fenêtres et faisait danser ces nouveaux voisins silencieux, faisait tourbilloner les feuilles qui s'étaient désespérément accrochées depuis des mois à leurs branches frêles. Il y a eu des rencontres imprévues avec des petits Tic et Tac un peu tocs. Et, depuis peu, le printemps cherche à réveiller tout le monde dans ce parc : les bourgeons pointent timidement le bout de leur nez, les oiseaux se créent de nouvelles familles et remplument leurs nids, à grands renforts de trilles et de sifflements mélodieux.
Par contre, tout le monde annonce une grande rencontre avec un prédateur silencieux... J'ai pris peur qu'avec mon manteau rouge, le Grand Méchant Loup ne me confonde avec le Petit Chaperon de la même couleur... Mais, point de loup affamé dans ce parc... C'était d'une famille de renard (gâleux...) dont il était question... Tant pis !
Mais, pourquoi réactiver mon blog ? Pourquoi faire ce message ? Parce que j'ai des photos à vous montrer mais qu'elles sont trop lourdes pour que je puisse les envoyer par mail. Alors, bonne promenade dans les allées du Jardin Tropical.  
Par Maman Lion - Publié dans : Divers
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Jeudi 18 octobre 2007 4 18 /10 /Oct /2007 13:44
Il me tarde tant de me retrouver sous l’orage au bord de l’océan, c’est vraiment le moment que je trouve le plus beau. Par son attente, d’abord, quand la chaleur devient oppressante, que la tension est dans l’air, presque animale, que le ciel s’assombrit à l’est, virant au noir, donnant aux arbres leurs teintes les plus sombres, tandis que le soleil au couchant se teinte de nuances orangées, donnant à ces couleurs sombres une lumière chaleureuse qui les rend plus profondes, plus lumineuses, plus chaleureuses, tellement plus belles. C’est alors comme si le temps était suspendu, tout devient silencieux, même les oiseaux se taisent, le seul bruit qu’on entend est le roulement du tonnerre au loin. Souvent, le vent s’arrête de souffler, tout devient lourd, chargé d’humidité, oppressant à l’extrême, comme une seconde peau dont on ne peut se libérer, comme un bandeau qui serrerait trop fort la tête et réduirait le champ de vision. Parfois, tout s’arrête là, dans l’attente du soulagement, et la nuit s’installe, oppressante, humide, dans l’attente de la fraîcheur salutaire de l’aube. Mais, quand la tempête arrive… et que les éléments se déchaînent… c’est la nature toute puissante qui offre son spectacle le plus sauvage. Le vent se lève, soulevant poussières et branchages, asséchant l’air, lui donnant une teinte jaunâtre et maladive. Les arbres ploient sous les bourrasques, perdent feuilles, épines, pignes et vont même parfois jusqu’à se déraciner. La nature semble alors comme hystérique, bousculant tout sur son passage. Et, c’est alors qu’elle arrive, celle que chacun attend, celle qui annonce le soulagement, la première goutte de pluie qui vient s’écraser lourdement sur le sol, annonciatrice du déluge qui nettoiera tout sur son passage, et ne laissera comme souvenir que la saveur musquée de la terre gorgée d’eau.

L’orage en région parisienne a quelque chose de plus dur, de plus sec. Un peu comme celui-ci…

Le soleil était de plomb, alourdissant tout sur son passage, comme si les chaussures restaient clouées dans le bitume et que la tête était prise dans un étau. En sortant du bureau, l'impression de mettre la tête dans un four tellement le vent était chaud et étouffant. Une seule envie : glisser son corps dans une eau fraîche pour diminuer la fièvre. Et, forcément, pas un nuage à l'horizon, aucun espoir de douceur. La soirée s'installait, étouffante, obligeant à ouvrir toutes les fenêtres dans l'espoir d'un courant d'air fugace... La nuit est tombée... 
Et, soudain, une énorme bourrasque de vent, balayant tout sur son passage, faisant voler les nappes sur les balcons, les verres sur les tables, faisant rouler les cannettes oubliées dans la rue. Les vignes vierges bruissaient dans la nuit, semblables à du papier qu'on aurait froissé dans des mains moites. Et les nuages ont commencé à se former, à se rapprocher les uns des autres, à s'assombrir, donnant au ciel une teinte orangée incroyable du fait qu'il faisait déjà nuit. Les éclairs ont commencé à illuminer le ciel partout autour, vers La Villette aussi bien que vers Les Lilas. Mais ils n'étaient pas encore bien visibles, comme un lampadaire qui se serait allumé et éteint subitement au cœur des nuages orangés. Et ce vent, toujours ce vent qui donnait l'impression d'être au bord de la mer, les cheveux devenus fous, les habits soulevés par les bourrasques. La pluie est venue au même moment que le tonnerre, donnant une odeur chaude et sucrée à l'air, une odeur de terre humide. Partout autour, c'était un festival d'éclairs plus fantastiques les uns que les autres, zébrant le ciel tout entier, quelle que soit la direction dans laquelle se tournait le regard. Le feu d'artifice a été long et spectaculaire, un vrai spectacle de la nature dans toute sa sauvage splendeur

Par Maman Lion - Publié dans : Mes réminiscences sublimes
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Vendredi 12 octobre 2007 5 12 /10 /Oct /2007 15:53

Quand j'approche du Sud de la France et de la frontière espagnole, j'attends toujours avec impatience d’apercevoir les montagnes. La même émotion s’empare de moi à chaque fois que je reviens dans la région. Le paysage reste plat durant des dizaines de kilomètres, et soudain, au détour d’un virage, la montagne se dévoile, immense masse sombre sous les premiers rayons du soleil. Sitôt repérée, elle disparaît de nouveau derrière des haies du bord de route et les collines avoisinantes. Tout en essayant de rester concentrée sur ma conduite, je ne peux jamais m’empêcher de guetter sa réapparition entre les arbres et les champs de maïs, attirée malgré moi par la puissance et la majesté des sommets. Mon cœur bat plus vite à mesure que je m'approche, que la chaîne montagneuse se livre dans toute sa splendeur et enfin, je plonge en elle, cernée de forêts de mélèzes, entourée par les premiers sommets des contreforts. Toujours, quelques nuages s’accrochent aux pics, présageant des orages qui éclateront certainement le soir venu. Quelle beauté ! J'adore la puissance des sentiments qui m’habitent lorsque je viens dans la région : s’il fait mauvais temps, j'ai l’impression que le ciel me tombe sur la tête, étouffant sous la pression des sommets qui m’entourent, mais, dès que le soleil se montre, je sens courir dans mes veines le chant des cascades, tout me semble plus beau et plus rien n'est insurmontable, un peu comme si la montagne me faisait don de sa force et de sa vie.

En une heure à peine, je suis en altitude et retrouve cette lumière de montagne que j'aime tant, surtout à la fin du mois d’août qui offre au regard ses champs brûlés, son soleil ardent et ses orages étouffants. Et ça me donne l’impression de rentrer chez moi, de retrouver mon équilibre intérieur, ma place et ce sentiment me donne des ailes, me rend capable de gravir n’importe quel sommet, surtout ceux que je m’impose à moi même.

J'ai des souvenirs formidables de randonnées. Je n’en ai pas fait suffisamment à mon goût, mais chacune d’elles est gravée dans mon cœur comme une rencontre avec moi même, une découverte de mon insignifiance d’être humain en face de l’intemporalité de ces montagnes millénaires et en même temps une redécouverte de ma force et de ma volonté.

Le plaisir, quand on marche en montagne, est fait de beaucoup de petites choses comme le fait de retrouver la sensation de faim dans l’effort physique pour qu’une simple rondelle de saucisson devienne aussi savoureuse qu’un met raffiné dans un grand restaurant, l’extase de plonger son corps courbaturé dans l’eau glacée d’un petit lac ou d’un ruisseau, la douceur de s’endormir sur un rocher brûlant de soleil, la surprise de croiser la route d’une marmotte ou d’un isard, la magie de se trouver sous une pluie d’étoiles dans le silence des sommets… Le plaisir y est aussi la cessation de la souffrance. Pour ma part, parce que je ne suis pas bien grande et que je fais de la tachycardie, l’altitude est un calvaire parce que je m’étouffe, le sac à dos est toujours trop lourd, mes jambes me brûlent parce que je ne suis jamais assez préparée. Les premiers jours sont toujours difficiles, le temps de trouver le rythme. Mais cela fait partie du contrat avec la montagne : il faut les gagner ses petits instants magiques où le temps est suspendu et je ne connais pas de plus grand plaisir que celui où je me libère enfin de mes chaussures dans un lieu merveilleux loin de toute civilisation, avec quelques amis proches (et tout autant courbaturés) pour seuls témoins de mon bonheur.

Je me rappelle du Pic Carlit dont j’avais fini l’ascension à quatre pattes tellement j’avais le vertige. Une amie que j’adore était descendue me rejoindre pour m’accompagner et me rassurer sur les derniers mètres. Je n’oublierai jamais la main qu’elle m’a tendue ce jour là. Je n’oublierai jamais le regard tendrement compréhensif dont elle m’a gratifiée et la fierté que nous avons partagée quand nous avons fini par atteindre le sommet.

J’ai d’autres souvenirs plus légers. Je me souviens d'un lever de soleil inoubliable dans le canyons du Mont Perdu, en Espagne. On était sur un promontoire à 2.000 mètres, la tente au bord du précipice (on s'était faits virer du bas du canyon par des gardes montagnes à la tombée du jour, et on avait fini l'ascension à la lampe de poche dans la pierraille la veille). Le soleil donnait à toute la chaîne montagneuse une douce couleur rose et or, le fond du canyon était plongé dans la pénombre et le ciel était d'un bleu presque blanc à cause de l'humidité. Il y avait des marmottes qui nous guettaient pour savoir si on allait les chasser ou leur ficher la paix. On a remballé les tentes, recommencé à grimper (un peu rouillés, mais il faisait tellement beau) et on est arrivés à un tout petit refuge où on s'est endormis au soleil. Ce qui nous a réveillés, c'était un bruit de papier d'emballage froissé. Un énorme cheval blanc de montagne (il avait des cuisses comme des barriques) avait plongé le nez dans notre petit déjeuner et avait dépouillé toutes nos réserves de petits gâteaux et de pain. Vu la taille de la bête, on l'a laissé finir, sans broncher, limite en lui souhaitant bon appétit...

Je me souviens aussi d'une nuit au bord d'un lac qui donnait sur le Pic du Midi d'Ossau. Il devait être 18h, on venait de finir de planter les tentes quand on a vu la brume monter depuis la vallée et tout engloutir en moins de 10 minutes. C'était surréaliste. Le soleil donnait en plein sur le Pic du Midi avec des nuances orangées, la brume avait pris d'assaut le bas de la montagne, et le haut du pic se reflétait dans le petit lac au bord duquel on se trouvait. On aurait dit que le Pic sortait des nuages, qu'il flottait dans les airs et imposait sa majesté lumineuse à la terre entière. Un instant d'éternité avant que nous ne soyons nous mêmes noyés dans le brouillard. A ce moment là, ça a été comme l'apocalypse. Les vaches qui broutaient au dessus de nous se sont précipitées au bord du lac dans un véritable tremblement de terre. Je me demande encore comment elles ne nous ont pas piétinés (quoique, avec leurs gros yeux, elles devaient y voir un peu mieux que nous, et les couleurs des tentes étaient criardes). Un vrai moment de panique où je m'imaginais avec une paire de cornes plantées dans le cul... Après la débandade, il y a eu un instant de silence digne d'une fin du monde... mais qui n'a hélas duré qu'un instant (celui où tu glisses dans le sommeil). Parce que, ce que j'ignorais, c'est qu'une vache, ça rumine toute la nuit (même en dormant), et puis, apparemment, ça dort debout, parce que toute la nuit on a entendu les clongs incessants de ces grosses cloches qu'elles portent autour du cou. Pratique pour les retrouver dans le brouillard, mais quel enfer quand tu essaies de dormir. Et en plus, il faisait un froid de chien, une véritable horreur humide et glacée. Une belle nuit blanche à attendre le soleil du matin pour cesser d'avoir froid et espérer que cette nuit sans fin va arriver à son terme. Heureusement, les plus vaillantes des vaches ont fini par tomber elles aussi de sommeil. La lueur du soleil sur les cimes a légèrement réchauffé l'air... Un vrai délice de replonger son corps épuisé dans le sommeil du petit matin. Hélas, délice de courte durée, des moutons, oui, des dizaines de petits moutons pleins de vie et équipés de petites clochettes tintinnabulantes montaient de la vallée et ont pris d'assaut la colline tout entière. On est passés du clong lancinant au ding-dong agaçant... Je n’ai jamais plié une tente aussi vite que ce matin là, je crois bien qu’on est redescendus en courant
Par Maman Lion - Publié dans : Mes réminiscences sublimes
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