Mercredi 30 avril 2008
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19:07
Bonsoir, bonsoir…
Ah… Bogandé… et bien, ça vaut le détour, je vous jure… C’est marrant, personne n’a osé m’annoncer la couleur…
Mais, avant d’attaquer les choses sérieuses, parlons-en des couleurs, tiens… Celle de la piste, aussi orange que l’était ma robe… Celle du
ciel, de ce gris anthracite annonciateur d’orages que j’aime tant… Celle des arbres, revigorés par les premières pluies, d’un vert tendre à croquer… Celle de la paille blonde qui recouvre les
huttes, ou les cases, je ne sais pas comment on les appelle… Et bien, tout ça mélangé en attendant l’orage, c’était d’une beauté à couper le souffle. Malheureusement, le chauffeur roulait trop
vite, je ne crois pas avoir une seule bonne photo à vous mettre sous la dent. Tant pis !
Dès qu’on a quitté Ouagadougou, le paysage a totalement changé. Au début, dans les faubourgs entourant la ville, des centaines de gens
marchaient, pédalaient, roulaient en moto, mobylette, solex, scooter sur le bord de la route, s’évitant les uns les autres, feintant les ânes, les chèvres, chiens et autres cochons qui tentaient
de s’aventurer presque sous les roues des voitures, camions, taxi-brousses et cars qui déferlaient sur le bitume. Dès qu’on ralentissait, des groupes de femmes, d’hommes, d’enfants tentaient de
nous vendre de l’eau, des cacahuètes, des fringues, des sacs en cuir, des fruits… Mais le chauffeur filait comme le vent !
Et puis, peu à peu, les villes se sont espacées, remplacées par d’immenses no man’s lands, sans perspectives, sans collines, du plat à perte
de vue, de la paille de mil perchée dans les arbres, des chèvres sauvages, des zébus errants, des baobabs grotesques et exubérants. Mais, au bout de quelques kilomètres à peine, je finissais
toujours par apercevoir une femme qui marchait portant des brassées de bois, des enfants qui jouaient d’un pneu de vélo, et non loin, à chaque fois, juste au moment où je me demandais jusqu’où
cette âme errante devrait marcher sous ce soleil de plomb, j’apercevais un micro-village perdu au milieu de nulle part, regroupement de minuscules cases rondes faites de paille et/ou de briques,
un mélange ocre et or bordé de vert, ou bien des zones entières de vieilles cases à l’abandon, sans toit, à moitié effondrées… La pauvreté, ici, c’est pas de la rigolade. J’avais découvert une
certaine pauvreté urbaine à Madagascar, la pauvreté rurale, c’est impressionnant aussi ! Et pourtant, les gens sont cools et gentils !
Une chose est sûre, c’est que ça donne à réfléchir sur notre société de consommation débridée… Finalement, un toit, de la nourriture en
quantité raisonnable, une santé correcte, un travail, une famille et des amis chers, c’est mieux que pas mal, c’est carrément bien !
Tenez, prenez la maison par exemple : vous pourriez vous retrouver dans une grande maison inhabitée, peuplée de petits lézards dorés
(charmants au demeurant, ils bouffent les moustiques et les araignées, ils sont devenus mes meilleurs amis, je crois même que je vais leur donner des petits noms), avec deux ventilos, sans eau
courante (un bidon et une casserole, c’est dingue comme ça peut rafraîchir parfois), dans l’impossibilité de trouver les toilettes (serait-ce le même orifice que celui de la salle de
bains ?), prévenu qu’à partir de une heure du mat, il n’y aurait plus d’électricité (donc plus de ventilo…), sans draps (y’a quelqu’un qui a oublié de me dire un truc avant que je parte, je
crois…), bénissant la bonne idée d’avoir pris une moustiquaire, une serviette de bains, du produit anti-moustiques et deux vidéos de Gad Elmaleh… Vous pourriez vous retrouver dans cette situation
un peu imprévue et vous dire dans le même temps que c’est quand même le grand luxe…
Mais, je pourrais aussi comprendre que vous ayez envie de prendre vos jambes à votre cou… Moi, franchement, une fois passé l’effet de
surprise, et tant que les ventilos ventilent, ça va !
Bonne nuit les amis,
Virginie
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