Partager l'article ! Mada 2010 - J2 & 3: samedi 20 mars 2010 L’énergie est là, et bien là, celle que j’avais perdue au Myanmar, celle dont je cra ...
samedi 20 mars 2010
L’énergie est là, et bien là, celle que j’avais perdue au Myanmar, celle dont je craignais qu’elle ne m’ait échappée à jamais, celle qui me permet de bosser plus de 10 heures par jour en ayant la patate le soir. A quoi tient-elle, cette énergie ? A un seul mot : l’espoir… L’espoir de réaliser mes objectifs, l’espoir de finir ces tâches que je ne parviens jamais à mener à leur terme, l’espoir que ces missions aient une utilité, l’espoir de ne pas quitter ceux que j’aime pour rien…
Une autre chose nourrit mes missions, ce sont ces cadeaux que l’on me fait en m’offrant un pays, ses coutumes, ses spécificités, ses clés de décodage…
Une dernière chose m’est très précieuse, c’est la complicité, la confiance que je peux partager avec certains salariés locaux.
C’est un peu tout cela qui a fait que mon vendredi était riche, fort, efficace, dans le sentiment qu’on poursuivait un but commun, que j’y avais ma place, mon utilité.
Aujourd’hui, c’était différent, c’était une journée de voyage. L’avion d’abord, pour relier Tana à Fort Dauphin. L’arrivée sur Fort Dauphin est magnifique, entre nuages, mer et montagnes. Le paysage est spectaculaire, comme si une forêt tropicale escarpée s’effondrait dans un océan bleu-vert. Nous avons déjeuné au bord de l’eau, dans le vent chargé d’iode, dans la musique des vagues qui viennent mourir dans le sable clair, sous des palmiers frissonnants. Le pied absolu…
Et, ensuite, la route, enfin, route, c’est un bien grand mot… Non que ce soit une piste (enfin, pas au début…) mais elle a du être construite il y a plus de vingt ans et n’a certainement jamais été entretenue ensuite… Quatre heures pour parcourir 110 km, une anthologie du nid de poule, une ode au zig-zag. Quand on maintenait un petit 60 km/h pendant plus de 200 mètres, c’était la fête du slip !!!
Sur les bords de route, un défilé de pauvreté absolue : enfants qui poussent de petites charrettes de bois, corps d’adultes maigres et musculeux ployant sous des charges diverses, troupeaux de zébus, de moutons, de chèvres, chiens faméliques, vendeurs de fruits et mendiants… Les gens n’ont rien, ou si peu… Ils font des enfants à foison, ils se lavent dans les flaques d’eau sur le bord des routes, ils avancent avec courage, pour survivre, avec l’énergie du désespoir peut être. Ils sont noirs de soleil alors que les gens de la ville ont la peau cuivrée, ils mangent des cactus quand il ne reste plus rien d’autre. Une pluie de trop, une trop longue sécheresse, un coup de vent violent et tout est à recommencer à zéro. Ils ne possèdent finalement que leur courage. Et pourtant, ils sourient, ils saluent le passage de cette voiture qui véhicule une femme blanche…
Le paysage est édifiant, changeant du tout au tout sur une très courte distance. On passe d’une zone humide, tropicale, luxuriante où les palmiers se disputent la terre avec les bananiers, une zone escarpée entourée de montagnes vertes et blanches qui viennent mourir dans des rizières sans fin à une zone désertique, peuplée de cactus à perte de vue et où les seuls arbres sont d’étranges tiges de bois droites de moins de deux mètres et sans branches, étroites et constellées de minuscules feuilles, comme un pieu planté dans le sol… Etonnante vision comparable à nulle autre !
Je loge dans un endroit qui ne manque pas non plus de piquant : imaginez une caravane qui ressemblerait à un chalet de montagne sordide et vous vous rapprocheriez de la réalité. Une pièce de 20 m² avec un lit, une table, deux chaises, une minuscule salle d’eau avec la traditionnelle bassine et son bol pour la douche. Point positif, il y a du papier dans les toilettes (ça a l’air con comme ça, mais c’est le genre de petit détail qui peut vous pourrir l’existence…
Demain, je suis invitée à une cérémonie mortuaire traditionnelle antandroy (oui, cette région est l’Androy, ses habitants se nomment les Antandroy), une expérience intéressante que je prendrai plaisir à vous faire partager.
Bonne nuit, la tribu, là, moi, je m’arrache la gueule avec un sauté de légumes pimenté en diable, savourant l’idée que demain, c’est grasse mat’ (si tant est que la chaleur me le permette…).
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